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Les territoires en question
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VILLAGES CREOLES,

LES TERRITOIRES EN QUESTION


Cette fiche a été réalisée par Olivier Bessy, maître de conférence au Département STAPS/ CURAPS de la faculté des Sciences de l’Homme et de l’Environnement à l’Université de la Réunion. Membre du groupe de pilotage Villages Créoles et expert au CA Maison de La Montagne et de La Mer

Le concept de territoire est d’actualité. Nous assistons, en effet, aujourd’hui au renouveau, à la recomposition et à la mise en concurrence des territoires entre eux. Ce concept prend, de ce fait, une place de plus en plus importante dans l’univers politique et touristique. Mais, il s’agit, en même temps, d’un concept particulièrement polysémique car il génère un nombre illimité de constructions et de dynamiques possibles. Cette production sociale territoriale abondante déstabilise toute définition du territoire a priori et met le chercheur, comme le décideur ou encore le professionnel, en difficulté.

La première distinction qui s’impose est celle existante entre espace et territoire. L’espace a besoin d’un qualificatif pour être précisé, il est un support possible de la vie et des activités. On parle alors de l’espace rural ou urbain.
Le territoire serait un espace enrichi par le sens que les sociétés lui confèrent et sur lequel elles agissent, qu’elles contrôlent et qu’elles construisent. Dans cette perspective, il convient de s’écarter de deux conceptions :
- Celle exclusivement politique qui assimile le territoire à la marque de l’État. Le territoire renvoie alors aux cadres de l’action publique et à la représentation politique liés au processus de décentralisation. Ce dernier a institutionnalisé de nouvelles configurations territoriales afin d’administrer au plus près des particularités, en favorisant les synergies entre acteurs locaux. C’est le cas des territoires intercommunaux ou des pays par exemple.
- Celle de caractère naturaliste qui le réduit à l’espace vital défendu par les êtres vivants comme étant leur propriété exclusive.
Si le territoire n’échappe ni à l’ordre du pouvoir ni à celui de la nature, il résulte avant tout d’une construction sociale dans le sens où il recouvre les diverses formes de rapport à l’espace que les individus ne cessent de produire et de transformer dans le cadre de leurs relations sociales.
Il peut alors être défini comme les multiples formes d’appropriation de l’espace liées à la diversité des manières contemporaines de faire du territoire, de s’identifier à des lieux et d’y nouer des liens.
Il apparaît alors comme un lieu porteur de sens favorisant la construction des identités et influençant fortement les formes de tourisme développés.

Cette dernière approche montre que le territoire est consubstantiel au produit touristique, qu’il n’est pas seulement un support neutre, mais qu’il fait partie intégrante et donne du sens au produit. D’abord, parce que la consommation touristique est une consommation d’espace-temps dans laquelle le consommateur vient au produit en venant au territoire, ensuite parce qu’une partie non négligeable de l’attractivité d’une destination est constituée de caractéristiques liées au territoire. Nous pouvons parler alors d’identité territoriale. C’est vrai pour la Réunion en général et pour le produit « Villages Créoles » en particulier.

C’est dans cette optique visant à considérer les territoires, et notamment les territoires insulaires, comme des lieux anthropologiques constructeurs d’identité, car porteurs de signes (géographie, gastronomie, vêtements, musique…) et de valeurs (mœurs, langue, religion…), que nous nous situons. Nous précisons à ce propos qu’une identité territoriale n’est pas une nature morte, une donne figée et simplement synonyme de revendication identitaire interne mais qu’au contraire, elle évolue et s’enrichit en permanence au contact des médias et des apports extérieurs, dont le tourisme, qui par sa dimension acculturante, contribue à la production identitaire.

Cette notion d’identité territoriale se rattache aussi à la problématique du tourisme durable qui offre un cadre d’analyse qualitatif des territoires, où les dimensions économiques, socio-culturelles et environnementales sont prises en compte dans le respect d’une certaine éthique. Elle intègre, dans cette optique, les travaux socio-économiques sur l’écotourisme et la spécificité des univers insulaires. En effet, si La Réunion apparaît comme une île tropicale touristique, il s’agit en même temps, d’un territoire fragile dont l’économie précaire, l’urbanisation anarchique et la culture éclatée menace l’identité réunionnaise, rendant l’idée de développement touristique durable incontournable.

 

Illustration à partir de « Villages Créoles »

Le territoire est consubstantiel au projet « Villages Créoles », car il n’est pas seulement un support plus ou moins neutre ou inerte sur lequel sont offertes des prestations mais fait partie intégrante du concept en lui donnant tout son sens. En effet, chaque village part de ses richesses naturelles (océan, rivières, montagne, volcan, forêt…) et culturelles (agriculture, architecture, jardins, artisanat, gastronomie, histoire, traditions…), de ce qui constitue son identité territoriale, pour construire l’image de marque de son produit touristique. Chaque village décline ainsi une thématique particulière qui est profondément ancrée dans la spécificité de son terroir. « Hell-Bourg : « Cases et Cascades, « Bourg-Murat : Vivre aux Portes du Volcan », « Cilaos : Eau et Montagne », « Entre-Deux : Jardins et Cases créoles », « Plaine des Grègues : Terre d’Épices », Grand Coude : Écrin de Nature », …
Ce sont les différents acteurs regroupés sur un même territoire qui contribuent à la concrétisation du projet « Villages Créoles », en transformant grâce à un processus de médiation symbolique, « un espace géographique en espace anthropologique », condition du renforcement de leur sentiment identitaire.

Ce sont ces acteurs qui, tous engagés dans un contrat de développement territorial et dans une démarche qualité de progrès, valorisent leurs thèmes à leur rythme en fonction de leur métier et de leur engagement : par exemple les hébergeurs et restaurateurs dans la décoration et l’aménagement de leur structure, les prestataires d’activités lors de l’accompagnement des visiteurs et voyageurs, les communes dans la qualification de leurs espaces publics et les Maisons du Tourisme dans leurs missions d’information et d’animation du territoire.

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